Les Dames du Chemin

L’amour des livres apporte décidément beaucoup, et pas seulement en plaisir de lire ; celui des rencontres qu’il permet en est un tout autre, que j’ignorais moi-même il y a encore quelques mois, avant que je ne passe moi-même du côté obscur de la force, celui de ceux qui portent encore en eux un livre nouveau-né alors qu’ils accompagnent ses premiers pas sur la mer parfois houleuse de la vie publique.

Il en est ainsi de la rencontre que j’ai faite à travers Les Dames du Chemin, rencontre d’un monde, d’une Histoire, et d’une écrivaine.

Les majuscules posées sur ces Dames, et sur ce Chemin, ne sont pas de mon fait mais figurent telles quelles sur le titre de ce recueil, et elles sont justifiées, autant que celle que j’ai, moi-même, choisie pour parler d’Histoire.

Car c’est bien d’Histoire qu’il s’agit ; d’une période trop longue qui frappa tant d’hommes – et de femmes, quand bien même elles n’étaient pas au front ; grande Histoire de laquelle Maryline Martin, l’auteure, a extrait les petites histoires de ceux qui ont dû vivre les affres de la grande.

J’avoue ne pas être, constitutionnellement, très friande de récits historiques ; plus exactement, j’ai longtemps cru ne pas l’être, jusqu’à ce que je me découvre une passion (que j’ai depuis apprise avoir été aussi de celles de l’auteure), la généalogie : passionnante enquête jamais achevée qui vous mène à croiser des vies et des destins tous différents, inconnus, insoupçonnés ; et c’est alors que l’Histoire prend une autre dimension en perdant sa majuscule, quand vous avez devant vous, non plus une succession de dates, mais tout un ensemble de traces de la vie de celui ou de celle qui fut votre aïeul et duquel, sans toujours comprendre pourquoi, vous vous sentez soudainement proche, pire : parfois investi de la mission de lui rendre hommage, en parlant de sa vie, de son chemin, des traces qu’il aura laissées sur cette terre – traces auxquelles vous êtes, même, parfois fier(e) de redonner vie, pour que la mort n’ait pas tout effacé.

Abel, grand-oncle de l’auteure, a perdu la vie, à vingt-et-un ans, sur le Chemin des Dames, et c’est cette image forte que Maryline Martin a choisie pour titre de son recueil de nouvelles – si parfaitement adaptée que l’on pourrait croire à un ultime cadeau posthume du soldat mort au combat pour sa lointaine descendante qui, près de cent ans plus tard, lui rendrait hommage. Car Maryline parle des soldats, mais aussi des dames ; pardon, des Dames, avec leur majuscule, amplement méritée au vu de leur courage inébranlable et de la foi en la vie qu’aucune d’entre elles, qu’elle soit femme, fille ou mère, n’a cessé de célébrer durant ces années noires – même veuve, même déshonorée, même poussée au désespoir qui, pourtant, jamais n’arrive. La mort bien sûr, mais aussi les séparations, les hontes, les marques indélébiles laissées sur les corps et dans les âmes, qui auront balayé la France durant ces années, auront mis à l’épreuve hommes, femmes et enfants, en faisant ressortir parfois le pire, mais aussi le meilleur. Maryline Martin nous offre, avec ses nouvelles, un bouleversant tableau de ce qui fut le quotidien de quelques-uns de ceux qui furent pris dans la tourmente, s’y perdirent, ou en réchappèrent, mais toujours, apprenant, et nous apprenant cent ans plus tard, quelque chose de beau sur ce que peut être, simplement, la force de la vie.

Sans titre

Les Dames du Chemin, Maryline Martin,
éditions Glyphe
ISBN 978-2-35815-099-6

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