Les étourneaux

J’ai découvert Fanny Salmeron avec ce dernier roman, Les étourneaux, paru chez Stéphane Million. Roman dévoré d’une traite ce matin – dégusté, devrais-je plutôt dire. À petites gorgées, en même temps que mon thé, en savourant la simplicité pourtant si riche de sens de ses phrases, et la douceur de son univers pourtant si violent… Je ne vais pas m’improviser blogueuse littéraire – Internet en regorge, et de talentueux – mais juste redire mon émotion devant ce roman qui parle si bien de l’enfance et de l’âge adulte, et de l’hésitation possible entre les deux, d’amour, de mort et d’amitié, et même de sentiments qui ne savent pas trop bien ce qu’ils sont en vérité, et de rêve et de réalité – dure et cruelle, la réalité, même lorsqu’on essaie de lui échapper. Avec une fin douce-amère comme je les aime, à l’opposé des happy ends mais pas non plus désespérée, et de nombreux passages infiniment touchants… je suis conquise. Le serez-vous ?

Les-etourneaux-197x300

Extrait :

« Mais quel est notre pouvoir, quand on aime? Et quelles sont nos limites ? Infinies? Infinies, les limites, les barbelés entre les gens, c’est infranchissable. Se prendre dans les bras ne sert à rien, les frontières entre nous sont des précipices, chacun sur son continent. Et quand on est triste, quand on a peur, quand c’est bientôt la fin du monde, les autres avec tout leur amour, toutes leurs promesses, ils sont bien jolis mais il n’y peuvent rien. Frustrant d’aimer. Frustrant d’être attaché. Frustrant l’empathie. Inutile, l’affection. Parfois on essaie d’aller plus loin, on croit que faire l’amour, la chair nue contre sa chair nue, alors les barbelés se détachent mais c’est faux. Se posséder ne donne rien. Jouir sous la peau de l’autre ne change rien. Frustration, toujours. Frustration d’être un autre. Vouloir être toi, bien sûr, être dans toi pour savoir ou te consoler, comment sécher les larmes depuis l’intérieur. Vouloir être toi, te connaître par cœur et savoir les formules pour te faire sourire, ça ne fonctionne jamais. On n’est jamais rien d’autre qu’un autre. Incapable, inutile et les bras ouverts impuissants. On ne sert à rien. »

Ce contenu a été publié dans Lectures. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *